Quand je grimpe en grande voie sur la Jonte, il m'arrive de croiser un vautour fauve à moins de dix mètres. Le plus impressionnant, c'est le bruit : l'air sifflant sur ses 2,80 m d'envergure. La plupart du temps, ils passent en cercles ascendants, exploitant les thermiques qui montent le long des falaises. Quand le ciel est bleu et que les courants se mettent en place, c'est un spectacle quotidien dans les Cévennes.
Une réintroduction exemplaire
Le vautour fauve avait disparu des Grands Causses depuis le début du XXᵉ siècle, victime des campagnes d'empoisonnement et de la disparition des troupeaux. En 1981, la LPO et le Parc national des Cévennes ont lancé un programme de réintroduction. Des vautours espagnols (Aragon, Andalousie) ont été acclimatés dans une volière au Truel, puis relâchés progressivement.
Aujourd'hui, la colonie compte plus de 400 couples reproducteurs. Elle est devenue l'une des plus importantes d'Europe occidentale. Les vautours fauves se reproduisent dans les falaises de la Jonte, du Tarn et de la Dourbie, et certains se sont installés jusqu'au Vercors et au sud de l'Aveyron.
Comment et où les observer
Trois conseils, après vingt-deux ans à les guetter :
- Choisir le bon moment : entre 10 h et 16 h, quand les thermiques sont actifs. Le matin tôt, ils sont encore au nid ou en survol bas.
- Choisir le bon spot : le belvédère du Cinglegros (Causse Méjean), le belvédère de la Vase (Le Rozier), la corniche de la Jonte au-dessus de Saint-Pierre-des-Tripiers.
- Apporter des jumelles : un 8×32 suffit. Sans jumelles, on les voit, mais on rate les détails (queue cunéiforme, collerette blanche, pattes claires).
Les vautours, c'est l'âme aérienne du Causse. Tant qu'ils volent, le territoire est en bonne santé.
Et les autres rapaces ?
Vous verrez aussi : vautour moine (corps plus sombre, plus rare), vautour percnoptère (plus petit, en été uniquement), aigle royal (deux ou trois couples), faucon pèlerin (sur les falaises). Le percnoptère est le seul migrateur du lot, il part en Afrique en septembre.
Comment je l'intègre dans mes sorties
Sur la via ferrata du Boffi, sur les grandes voies des gorges, dans le canyon du Tayrac : à chaque sortie, je prends un moment pour vous présenter ces oiseaux, leur biologie, leur réintroduction. C'est une discussion, pas un cours. Mais c'est ce qui transforme une activité sportive en découverte naturaliste.
Bonne observation. Et si vous voulez aller plus loin, je vous oriente vers la Maison des vautours du Truel, à Saint-Pierre-des-Tripiers, qui propose des expositions et des sorties spécifiques.
